vendredi 9 mai 2008

Insomnuit

Je porte une main vide, sans chandelle macabre. Le long de mon chemin, ténues sont les lueurs, éphémères les gloires. J'y vois bien, cependant. Et largement assez pour en avoir les yeux blessés.

Je vois ce qu'ils n'écrivent pas. C'est un éclat de vérité qui me renvoie dans les ténèbres. Peu importe, il y fait calme. Le silence et la solitude ont des rondeurs de carapaces. Souvent, je souhaite y demeurer toujours, loin de l'agitation du monde. Loin des réflexions partisanes et des courbettes hypocrites.

Les vrais amis connaissent le secret du labyrinthe, ils ne redoutent pas mes monstres, ils ne s'habillent pas de blanc. Les vrais amis savent toujours atteindre la petite main avant qu'elle ait creusé trop fort les sillons roses et boursouflés. Les vrais amis ne sèment rien dans les labours de la souffrance, ils sauraient plutôt m'inciter à laisser la terre en jachère et à briser l'araire afin que vienne la forêt.

J'ai besoin de rentrer chez moi.

En moi-même.

Mais le chemin est encombré par tant de tâches à accomplir !

En juillet, j'atteindrai le point d'équilibre entre deux moitiés d'une vie.

Ensuite, les années-fantômes se tailleront la belle part.

vendredi 28 mars 2008

Consommation de Masse

Je ne sais pas, je ne sais plus,
Je crois que je n'ai jamais su
Pourquoi le monde est ce qu'il est,
Pourquoi tout est-il aussi laid !
Je ne veux pas, je ne veux plus,
Je n'ai jamais vraiment voulu
Naître au milieu de vos erreurs
Et de vos valeurs extérieures.

Ça ne vaut pas trois francs six sous
Mais vous en demandez beaucoup,
Et pour le labeur et l'effort
Vous payez en monnaie de mort.

Masse amassée massant les pieds
D'affreux vilains gratte-papier.
Grattent et nivellent par le bas,
Faut bien refourguer son tabac.
Ça n'est pas bon pour la santé ?
Gratte-moi donc le bout du nez.
Il est si court celui de ceux
Qui ont de l'or collé aux yeux.

Ça ne vaut pas trois francs six sous
Mais vous en demandez beaucoup,
Et pour le labeur et l'effort
Vous payez en monnaie de mort.

Les chemins de facilité,
Démagogie trop frelatée.
Je te mens du matin au soir,
Faut bien s'arroger le pouvoir.
Ça n'est pas bon pour ton moral ?
Petit dégât collatéral.
Mais j'ai du coeur et des dollars :
Reçois la couenne de mon lard.

Ça ne vaut pas trois francs six sous
Mais vous en demandez beaucoup,
Et pour le labeur et l'effort
Vous payez en monnaie de mort.


Je ne sais pas, je ne sais plus,
Je crois que je n'ai jamais su,
Mais j'ai le coeur à résister,

Mais je persiste à exister.
Je ne veux pas, je ne veux plus,
Je n'ai jamais vraiment voulu,

Mais n'en déplaise aux ricaneurs
Je conserverai mon honneur.

Ça ne vaut pas trois francs six sous
Mais vous en demandez beaucoup,
Et pour le labeur et l'effort
Vous payez en monnaie de mort.









samedi 26 janvier 2008

Ce maudit air du temps

Il m'est déjà arrivé de lire un texte publié et de découvrir que l'auteur avait développé une idée qui me trottait dans la tête mais que je n'avais pas eu le temps de concrétiser.

En certaines occasions, on découvre la similitude a posteriori, après publication de son propre texte. Certains vous le font remarquer... pas toujours gentiment, d'ailleurs.

Il arrive, aussi, que les gens voient des ressemblances qui n'existent que dans leur perception des choses.

On se console de tout ça en évoquant ce maudit air du temps, qui plante ses graines dans les imaginaires et produit parfois des récoltes identiques.

Jusqu'à récemment, je croyais peu au pillage délibéré, indélicat, inavoué et hypocrite.

Et pourtant, les cas existent...

vendredi 4 janvier 2008

Bonne année 2008


lundi 10 décembre 2007

Appel à Textes : Les Héritiers d'Homère

Un petit message spécifique histoire d'accroître la visibilité de l'info... car cet AT lancé voici plusieurs mois par les éditions Argemmios a suscité peu de participation, jusqu'à présent.

Appel à textes pour l'anthologie "Les Héritiers d'Homère".

Publiée en 2003 aux éditions Nestiveqnen, l'anthologie L'Esprit des Bardes rassemblait des textes de fantastique, fantasy et science fiction contemporains, inspirés par les mythes celtiques.

Dans la même veine, les éditions Argemmios vous invitent aujourd'hui à vous imprégner d'autres mythologies du monde. Puisez dans le matériau archaïque afin d'en nourrir votre réflexion et votre imaginaire ! Saisissez le flambeau des anciens pour faire oeuvre originale ! Revisitez les vieilles légendes, osez parfois les réinterpréter, les prendre à contre-pied !

Les mythes de la Grèce antique seront à l'honneur dans la première anthologie de cette nouvelle collection.

La mythologie officielle n'est pas toujours ce qu'il paraît. Les vases peints, les statues laissées par leurs prédécesseurs ont inspiré d'étranges histoires aux Grecs. On sait aujourd'hui que la pomme de la discorde n'a pas été donnée par Pâris à sa déesse d'élection, mais reçue par lui de la triple déesse. De même, à l'origine, Héraklès n'était pas l'ennemi d'Héra, mais son plus fidèle serviteur. Les renversements de valeurs révèlent aussi qu'une ethnie en a supplanté une autre, instaurant ses propres valeurs, dieux masculins conquérant la première place, antiques déesses primitives ravalées à des fonctions subalternes.

Vous pouvez écrire ce qu'auraient pu être les mythes, ou encore imaginer des alternatives aux mythes officiels. Et si Aphrodite avait finalement aimé son époux Héphaïstos, malgré la séduction d'Arès ? Et si Apollon avait eu des motifs fort inavouables de faire écorcher Marsyas ? Et si la pelote d'Ariane avait cassé avant que Thésée ait pu sortir du labyrinthe ?

Sans oublier la transposition ! Ce puissant businessman a peut-être beaucoup à voir avec Hermès. Le temps qui passe et nous fauche tous, pour l'éternité, n'est-ce pas Cronos en marche ? Et les héros ? Les monstres ? Les trésors à conquérir ? Et l'éternel hermaphrodite ?

La mythologie grecque nous est familière, puisque nous l'étudions à l'école. Mais si vous cherchez quelques références pour la regarder d'un autre oeil, je vous recommanderai "Les Mythes Grecs", de Robert Graves, aux éditions Fayard, et "Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine" aux éditions PUF.

Clôture de l'AT : 31 janvier 2008.

Adressez vos textes (50000 signes maximum) au format .doc ou .rtf compatible PC, en précisant "AT Les Héritiers d'Homère", à : argemmios-editions@orange.fr

Des questions concernant cet Appel à Textes ? Vous pouvez venir en discuter sur le forum des éditions Argemmios.

vendredi 23 novembre 2007

L'influence de la grande Marion

J'aime le bleu (surtout le bleu clair) depuis l'enfance, tout comme j'ai toujours été fascinée par la diffraction de la lumière dans les prismes et les cristaux. J'ai vécu de longues rêveries devant une pyramide à facettes exposée dans la vitrine d'un marchand de porcelaines et autres vaisselles de noces. J'ai adoré me perdre dans les kaléidoscopes qui contenaient des éclats de couleur et mettaient devant mes yeux des vitraux plus magiques que ceux des cathédrales. J'ai cherché à peindre le verre de mes fenêtres, avec des vernis aux teintes transparentes...

J'avais eu l'idée des argemmios avant de rencontrer ma première matrice ténébrane. Alors, malgré l'apparente similitude, je n'ai pas renoncé. Je n'ai pas grincé non plus. J'ai juste savouré ces cristaux-là, et poli secrètement les spécificités des miens.

Plus que mon écriture, Marion Zimmer-Bradley a influencé ma vie. Elle a posé un modèle idéal à l'horizon de ma solitude. Elle m'a donné le goût des univers partagés. Elle m'a fait espérer en l'amitié, l'altérité, l'union des différences de quelques-uns, une fusion non intrusive qui renforce, stimule, exalte.

Je sais, à présent, que je vis au sein d'une tour virtuelle qui n'est pas d'ivoire mais bien d'énergies positives entrecroisées.

Je sais aussi que parfois, enthousiaste et naïve (car je suis sujette aux coups de foudre amicaux), j'ouvre un peu trop facilement la porte de ma tour.

Certains entrent. Ils sont au coeur, et ce coeur reçoit directement leurs petits coups de griffes, tout comme il souffre de leurs réticences soudain exprimées, ou de leurs impalpables trahisons. Il n'y a plus d'armure puisqu'ils se sont glissés dessous. Alors ça fait plus mal que n'importe quel siège, n'importe quel heurt de bélier sur la porte.

Mais toute chose glisse inéluctablement vers sa propre fin, même le chagrin. Et les intrus qui se sont révélés tels aux membres de la tour seront conduits vers la sortie. Les relations pourront demeurer cordiales, mais elles se tiendront à la périphérie.

Je sais désormais pourquoi les tours de Ténébreuse ne sont jamais très peuplées : l'intimité est un cristal trop précieux et trop fragile, susceptible de se briser à la moindre dissonance. Et trop de bruits de pas, trop de battements de coeurs, trop de voix décuplent le risque de désaccord.

Merci à ceux qui sont et qui font tant pour moi, et auxquels j'essaie de rendre à la hauteur de leur amour.

Vos silences sont les seuls qui parlent de paix et d'harmonie, de complicité.

Les seuls qu'on ne pourra jamais taxer d'indifférence.

mardi 20 novembre 2007

un petit mot d'une petite voix

Avertissement : les poissons mentionnés dans le texte ci-dessous n'ont rien à voir avec les poissons astrologiques, c'est juste une métaphore.

---

Je pêche avec une ficelle effilochée.

On se moque de moi. "Il n'y a pas d'appât !"

Pas d'hameçon pour accrocher l'agonie d'une mouche ou les tortillements d'un ver. Pas de carotte non plus. Je ne l'ai pas mangée, j'ai horreur de croquer dedans. Mais peut-être l'ai-je offerte, jadis, à un petit garçon, dont le triste petit lapin avait trop de chagrin, si bien qu'il ne sautait plus, ne trottait plus dans le jardin...

Elle est idiote, cette ficelle. Elle trempe dans l'eau, ondule au gré de l'onde, mais rien ne mord.

L'affaire en restera là.

Je n'ai rien de plus à offrir aux petits poissons de rivière ni à leurs frères des eaux salées.

C'est gourmand, un poisson.

Et ça vous gobe tout entier, sans un bruit, si vous n'y prenez pas garde.

Et ça vous entraîne au fond, là où la lumière ne vient plus.

Et ça vous noie.

Alors je pêche avec une ficelle effilochée.

Comme ça, je n'attrape que les plus sensibles des poissons.

Ceux qui sont capables de sentir que ma ficelle est en fibres tressées.

Pas des fibres de chanvre, non.

Juste les fibres de mon coeur.