J'aime le bleu (surtout le bleu clair) depuis l'enfance, tout comme j'ai toujours été fascinée par la diffraction de la lumière dans les prismes et les cristaux. J'ai vécu de longues rêveries devant une pyramide à facettes exposée dans la vitrine d'un marchand de porcelaines et autres vaisselles de noces. J'ai adoré me perdre dans les kaléidoscopes qui contenaient des éclats de couleur et mettaient devant mes yeux des vitraux plus magiques que ceux des cathédrales. J'ai cherché à peindre le verre de mes fenêtres, avec des vernis aux teintes transparentes...
J'avais eu l'idée des argemmios avant de rencontrer ma première matrice ténébrane. Alors, malgré l'apparente similitude, je n'ai pas renoncé. Je n'ai pas grincé non plus. J'ai juste savouré ces cristaux-là, et poli secrètement les spécificités des miens.
Plus que mon écriture, Marion Zimmer-Bradley a influencé ma vie. Elle a posé un modèle idéal à l'horizon de ma solitude. Elle m'a donné le goût des univers partagés. Elle m'a fait espérer en l'amitié, l'altérité, l'union des différences de quelques-uns, une fusion non intrusive qui renforce, stimule, exalte.
Je sais, à présent, que je vis au sein d'une tour virtuelle qui n'est pas d'ivoire mais bien d'énergies positives entrecroisées.
Je sais aussi que parfois, enthousiaste et naïve (car je suis sujette aux coups de foudre amicaux), j'ouvre un peu trop facilement la porte de ma tour.
Certains entrent. Ils sont au coeur, et ce coeur reçoit directement leurs petits coups de griffes, tout comme il souffre de leurs réticences soudain exprimées, ou de leurs impalpables trahisons. Il n'y a plus d'armure puisqu'ils se sont glissés dessous. Alors ça fait plus mal que n'importe quel siège, n'importe quel heurt de bélier sur la porte.
Mais toute chose glisse inéluctablement vers sa propre fin, même le chagrin. Et les intrus qui se sont révélés tels aux membres de la tour seront conduits vers la sortie. Les relations pourront demeurer cordiales, mais elles se tiendront à la périphérie.
Je sais désormais pourquoi les tours de Ténébreuse ne sont jamais très peuplées : l'intimité est un cristal trop précieux et trop fragile, susceptible de se briser à la moindre dissonance. Et trop de bruits de pas, trop de battements de coeurs, trop de voix décuplent le risque de désaccord.
Merci à ceux qui sont et qui font tant pour moi, et auxquels j'essaie de rendre à la hauteur de leur amour.
Vos silences sont les seuls qui parlent de paix et d'harmonie, de complicité.
Les seuls qu'on ne pourra jamais taxer d'indifférence.