vendredi 26 juin 2009

Fatigue estivale

Sensations vagues,
Goutte d'eau submergée.
Lourdement, ne plus rien peser
Au monde.
S'étendre
Sur une grève sans pavés
Ni pancartes dressées,
Qui cependant brise l'élan.
Y laisser l'empreinte épuisée,
Salée d'écume,
De rêves échoués.
Être l'épave craignant l'eau,
La haute mer et ses caresses,
Létale étale sur la coque démembrée.
Galet roulé dans la rivière
De son propre lit,
Bercé sans pouvoir s'endormir.
Absent bien trop las
Pour soulever quelque tempête...
Oh, séant je cherche
Le repos.

lundi 11 mai 2009

Après un froid-lumière

Le souvenir premier
Appartient à la Mère
Mais sa lumière décroît toujours
Sitôt que paraît le Roi d'Ombres.
D'ombres aussi le décor,
Noir et vide,
Rien qu'un berceau posé
Sous le double regard,
Et la voix qui hurle en silence
Cet ordre d'expulsion.
Puis je suis là, hantée :
Une enfant aux sanglots affamés.

Le souvenir second
M'est venu dans la nuit d'un songe.
La tour était de métal bleu,
Sans entrée ni créneaux,
Ni toit pour poignarder le ciel.
Rien qu'une forme pure à la taille marquée,
Entre un ciel incertain et des prairies trop vertes.
Trois l'approchaient
Et j'étais chacun d'eux :
Un guerrier, une femme,
Et un poète-magicien.
C'est celui-ci que j'ai traqué
Pendant plus de vingt ans.
Et cependant, en le cherchant,
Souvent j'ai recroisé la Mère.

Aujourd'hui, je les vois presque imbriqués,
Comme si les Autres Côtés
S'étaient superposés, fondus.
Destination unique
Et source pareille :
La Mère.
Le fils est le lien que je n'ai pas à fabriquer,
Les filles sont la tresse d'amarrage,
Et tous les tambours que je frappe
Nous mènent les uns vers les autres.

vendredi 20 mars 2009

Les Héritiers d'Homère (souscription)





C'est le printemps !


Les fleurs s'ouvrent en même temps que le nouvel appel à souscriptions des éditions Argemmios : pour l'anthologie "Les Héritiers d'Homère" dirigée par Nathalie Dau (c'est moi !) et Jean Millemann.

http://www.argemmios.com/EDITIONS/1024/titres/Homere.html


illustration de couverture : Mathieu Coudray



18 TEXTES AU SOMMAIRE (tous inspirés par les mythes grecs) :

* La Bouteille, le barbu et le sens du monde (Franck Ferric)
* La Caverne des centaures mâles (Marie-Catherine Daniel)
* La Mort d'Héraclès (Claire Jacquet)
* Le Syndrome de Midas (Jess Kaan)
* Le Pacte d'Hécate (Sophie Dabat)
* Aube (Eliane Aberdam)
* Cet éternel orgueil (Nadège Capouillez)
* Prisonnier de son image (TK Ladlani)
* Mayday (Jeanne-A Debats)
* L'Esprit de l'Hellespont (Olivier Boile)
* Nyctalê de Samothrace (Fabrice Chotin)
* Le Chêne et le Tilleul (Charlotte Bousquet)
* L'Hospitalier (Yan Marchand)
* La descente aux Enfers d'Orphée et Eurydice (Anthony Boulanger)
* Pierce's track : the Maid & the highway (Nicholas Eustache)
* Les sept derniers païens (Romain Lucazeau)
* Sémélé (Philippe Guillaut)
* Firestarter (Céline Brenne)

+ une Ouverture, un dictionnaire des auteurs, la bio de l'illistrateur et 1 illustration intérieure médusante, sans compter un Petit glossaire mythologique comportant plus de 100 entrées !

1 carte postale couleur (format 14 x 21,5) : "Morphée offrant aux mortels les secrets des dieux" (réalisée par Mathieu Coudray) offerte aux 60 premières souscriptions

362 pages, 424 gr hors emballage, prix public : 22 euros.

Un pdf de démo, avec les premières pages de chaque texte, peut être feuilleté en ligne :
http://www.argemmios.com/EDITIONS/1024/titres/Homere_demo.pdf

La souscription s'achèra le vendredi 10 avril à minuit.

lundi 9 mars 2009

souscription anthologie "L"



Cela faisait longtemps que je n'avais plus rien écrit sur ce blog.
Trop de travail et d'ennuis de santé, fin 2008 et début 2009.

Je n'ai même pas pensé à utiliser ce support pour inciter les gens à voter pour le prix Merlin (bon, on va essayer de se rattraper pour la dernière semaine, puisque les votes s'arrêtent le 15 mars, donc si ça vous intéresse de soutenir vos auteurs et textes favoris de l'année 2008, ça se passe ici : http://www.presences-d-esprits.com/prix-merlin/listes.php )

En revanche, j'y pense pour annoncer l'ouverture de la souscription pour l'anthologie "L", et cela dès les premières heures, puisque la date d'ouverture était le 8 mars, journée de la femme.
J'y pense, parce que c'est une bonne cause, qui me tient à coeur.

"L", c'est une anthologie sur le thème des femmes maltraitées, mais comportant des textes relevant des littératures de l'imaginaire, et dont les droits d'auteur seront reversés à l'association Aurore - Maison coeur de femmes.

Les auteurs au sommaire de "L" : Nicolas Cluzeau, Nathalie Dau, Lucie Chenu, Sire Cédric, Estelle Valls de Gomis, Joëlle Wintrebert, Li-Cam, Virginia Schilli, Jean-Michel Calvez, M.B.Cras, Ambre Dubois, Maëlig Duval, Justine Niogret, Sophie Dabat et Menolly.

Pour souscrire et avoir des informations : http://www.cds-editions.com/collection-pueblos.htm

Ou directement par chèque en retournant le document suivant : http://www.cds-editions.com/Souscription-L.pdf


Merci par avance à tous ceux qui répondront à cet appel à lire et à soutenir.




vendredi 28 novembre 2008

Décès de Jean Markale

Je viens d'apprendre la nouvelle. Jean Markale est parti pour Ynis Avallach le 23 novembre 2008, quittant Auray et la terre des hommes. Il avait 80 ans.

Je l'avais rencontré, trop brièvement, lors d'un Salon du Livre de Paris, voici presque 10 ans, alors qu'il dédicaçait sur le stand Pygmalion. J'ai donc sa signature, avec un petit mot gentil, sur son ouvrage sur les Gaulois. Mais, nouée par la timidité, je n'avais pas osé lui dire tout ce qu'il représentait pour moi...

Cet homme est un de ceux auxquels je dois beaucoup. Ses écrits sur les Celtes m'ont ouvert des pistes lumineuses vers moi-même. Récemment, je lui avais envoyé, en matière d'hommage, mon roman Les Débris du Chaudron, qui n'aurait jamais existé si je n'avais pas lu ses essais et travaux. Je caressais un rêve : qu'il trouve le temps de le lire, et que nous puissions échanger quelques lettres. J'avais envie qu'il soit fier de cette quasi-disciple qu'il ignorait avoir. Mais son état de santé n'a pas permis que ce rêve se concrétise.

Ce soir je suis en larmes. Pour moi, pour ses proches, pour mon amie Céline Guillaume, écrivain, dont il était devenu le grand-père de coeur. Dans l'un de ses derniers livres, paru chez Ouest France, et que j'ai acheté voici peu, Jean Markale défendait la place de la Wallonie dans le monde celte. Lire ceci m'avait fait un bien fou. C'était un peu comme légitimer la non-bretonne que je suis (une tare, aux yeux de certains, puisqu'à ce titre on m'a même interdit d'étudier le breton).

C'est un grand monsieur qui est parti. C'est un grand monsieur que les Belles Gens accueillent désormais à leurs côtés.

samedi 15 novembre 2008

Chant dessus dessous

(Ecrit pour partie à la gare de Rennes et pour partie à Ozoir-la-Ferrière, aux heures d'attente littéraire, sur un grand bloc de feuilles quadrillées, avec une petite musique me trottant dans la tête) :

Je sais l'orage à la fontaine
Et l'aile imprégnée de sang noir,
Le soupir de la châtelaine
Errant en ruines de manoir,
Je sais le cri de l'épousée
Drapée dans le blanc du linceul,
Et le regard trop aiguisé
Guettant l'enfant voyageant seul.

Je sais le temps qui va dessus,
J'entends les gens qui vont dessous,
Je sais combien sont tant déçus,
Tout ce qui meurt et se dissout.

Je sais la nuit dans le soleil
Et le corbeau privé de blanc,
Le Diable écorchant les orteils
A l'assemblée des faux semblants ;
Je sais où vont les enragés,
Le sang jailli des quatre veines,
Et le grand sourire égorgé
Que Dieu conserve en son haleine.

Je sais le temps qui va dessus,
J'entends les gens qui vont dessous,
Je sais combien sont tant déçus,
Tout ce qui meurt et se dissout.

vendredi 7 novembre 2008

J'étais là, pourtant.

J'étais là, mais ils ne m'ont pas vue.

Trop de monde, pour certains.

Volonté délibérée de m'ignorer, pour d'autres.

J'étais là, ils m'ont vue mais cela n'a pas vraiment compté.

Les souvenirs se sont construits sans moi. Les compte-rendus ne me mentionnent pas.

Pourquoi ?

J'ai une explication.

En réalité, j'étais là-bas sans y être. Vous savez ? Un pied dans votre monde, un autre dans le mien.

En réalité, il faut posséder un appareil photo magique pour être capable de fixer mon image sur la pellicule.

En réalité...

C'est stupide, n'est-ce pas ?

Je suis juste une personne exclue parce qu'elle n'appartient à aucun clan, parce qu'elle ne comprend jamais les private joke, parce que ses propres tentatives d'humour tombent le plus souvent à plat, parce qu'elle ne reconnaît pas la moitié des visages des personnes qu'elle croise, ou plus exactement ne sait pas associer les noms croisés sur le net à ces visages flottant dans la foule... du coup, comment approcher ceux qui sont encore, pour moi, des inconnus ?

Je me sens seule, constamment, et plus encore dans ce genre de manifestations qui grouillent de monde. J'ai bien conscience d'avoir une nature profondément mélancolique et rêveuse, déconnectée, fragile et même timide (si si). Je ne suis pas quelqu'un de moderne, je n'ai pas ce piquant, ce mordant, ce "chien" qui attirent et retiennent l'attention. Je me sens souvent vergognée, comme lorsque ma jupe s'est retrouvée coincée sous la chaise de Lucie, quand je me suis levée. J'avais envie de fondre en larmes mais j'ai réussi à m'écrouler de rire. A détourner l'attention, comme souvent. Personne n'imagine à quel point j'ai appris à faire semblant pour dissimuler ma souffrance constante. Faire semblant d'être normale, d'être intégrée, alors que je ne suis ni l'un ni l'autre. Faire semblant de ne pas être blessée quand on me balance en plein visage qu'une moitié de moi-même n'existe pas, quand on me vante la Banalité comme modèle à suivre, alors que mon être n'aspire qu'au rêve et au désincarné.

Je supporte mal mon corps et les contingences matérielles. Je ne suis pas un pur esprit (hélas, aurais-je envie de dire). Alors peut-être que ces gens qui ne me voient pas, finalement, ne cherchent qu'à me faire plaisir. A m'aider à ne pas exister tout à fait dans le monde concret. M'aider à comprendre plus intimement ce que c'est qu'appartenir à l'invisible.

Peut-être qu'un jour, après ma mort, je deviendrai un fantôme.

Alors qui sait ? Tout ça pourrait constituer un excellent entraînement ! ;op